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Échec documenté · #14 8 visites · 0 offre · Mandat non renouvelé

Huit visites, aucune offre. Les photos avaient menti.

Le vendeur avait fait ses propres photos. Elles étaient flatteuses. Les acheteurs arrivaient avec des attentes que le bien ne pouvait pas satisfaire. J'aurais dû refaire les photos dès le premier jour.

Visites · 8 Offres · 0 Photos · Vendeur (smartphone) Retour acheteurs · Déçus Issue · Mandat non renouvelé
À retenir · 30 secondes
Publié · échec documenté
  • 01 Nordine accepte que le vendeur utilise ses propres photos pour la mise en vente d'un T3 à 179 000 €. Les photos, prises au grand angle par beau temps, rendent le bien plus lumineux et plus spacieux qu'il ne l'est réellement.
  • 02 Huit visites en six semaines. Aucune offre. Les retours des acheteurs : "moins bien qu'en photos," "plus petit qu'on imaginait," "moins lumineux."
  • 03 Comprendre tardivement que les photos créaient de fausses attentes. La déception à la visite éliminait l'envie de faire une offre avant même de visiter le second espace.

Le contexte

Un T3 de 61 m² dans une résidence d'Elne, mise en vente à 179 000 €. Le vendeur, Monsieur D., avait occupé cet appartement pendant huit ans. Il en était fier, il l'avait entretenu, il y avait fait refaire la salle de bain l'année précédente. Ce n'était pas un mauvais bien. C'était un bien honnête, dans un état correct, dans un immeuble sans problème particulier.

Le problème n'était pas le bien. C'étaient les photos.

Monsieur D. avait réalisé lui-même une série de photos à la fin d'une après-midi ensoleillée de novembre, avec son téléphone, en utilisant le mode grand angle. Résultat : le salon paraissait spacieux, la cuisine semblait lumineuse, et la chambre principale avait l'air d'un espace dans lequel on pourrait réellement vivre à deux à l'aise. Tout était vrai dans ces photos, et rien n'était honnête. Il voulait absolument les utiliser pour l'annonce. Par confort relationnel, j'ai accepté.

Ce qui s'est passé

Huit visites organisées en six semaines. Sur les huit acheteurs qui se sont déplacés, six sont repartis après vingt minutes environ, en disant qu'ils "allaient réfléchir." Aucun n'a rappelé. Deux ont dit directement ce qu'ils pensaient : "c'est plus petit qu'on pensait" et "on imaginait plus de lumière." Personne n'était hostile. Personne n'était agressif. Ils étaient juste déçus.

À la septième visite, une acheteuse a sorti son téléphone, m'a montré l'annonce, et m'a demandé avec une forme de bienveillance déconcertante : "c'est vraiment le même appartement ?" Elle n'était pas en colère. Elle était sincèrement perplexe. Ce moment-là aurait dû me servir d'alerte bien plus tôt.

Ce qui se passait était prévisible : les photos créaient une attente qui dépassait la réalité. Quand un acheteur arrive dans un bien, son cerveau fait immédiatement la comparaison avec l'image mentale qu'il s'est construite à partir de l'annonce. Si la réalité correspond à l'image : bien. Si la réalité dépasse l'image : très bien, c'est la surprise positive qui favorise l'offre. Si la réalité est en dessous de l'image : déception. Et la déception, même légère, suffit à bloquer le processus de décision.

Ce que j'aurais dû faire

Refuser les photos du vendeur dès le premier jour et les faire refaire par un photographe professionnel, avec une consigne claire : représenter le bien tel qu'il est réellement, pas tel qu'on souhaiterait qu'il soit. Un bon photographe immobilier sait valoriser un bien sans le travestir : il travaille sur la lumière, le cadrage, la mise en ordre, mais il ne ment pas sur les volumes.

Des photos honnêtes attirent moins de visites que des photos flatteuses. Mais des visites mieux ciblées produisent des offres. La quantité de visites n'est pas l'indicateur pertinent. Le taux de conversion visite-offre l'est. Un acheteur qui visite un bien dont les photos correspondaient à ce qu'il espérait est déjà à moitié convaincu avant d'ouvrir la porte. Un acheteur déçu dès le couloir d'entrée ne fera jamais d'offre.

J'avais su tout cela. Je l'avais appliqué sur d'autres dossiers. J'ai failli ici par confort relationnel : je ne voulais pas démarrer ma relation avec ce vendeur par un refus. C'est exactement ce que les chercheurs appellent le biais de désirabilité sociale, et c'est precisément ce qui m'a coûté ce mandat.

L'ÉTUDE · Biais de désirabilité sociale

Edward Jones et Harold Sigall ont publié en 1971, dans le Psychological Bulletin, une série de travaux sur ce qu'ils nomment le biais de désirabilité sociale : la tendance qu'ont les individus à adapter leur comportement, leurs réponses et leurs décisions pour correspondre aux attentes perçues de leur interlocuteur, au détriment de la vérité ou de leur jugement propre.

Imaginez un médecin qui n'ose pas dire à son patient que son régime alimentaire est catastrophique, parce qu'il sent que le patient a envie d'entendre que "ça va à peu près." Il ajuste son message pour ne pas créer de friction, au détriment du patient. C'est exactement ce qui s'est passé dans ce cas.

Je n'ai pas refusé les photos du vendeur par peur de le contrarier. J'ai suivi ses souhaits au détriment des acheteurs, et en définitive au détriment du vendeur lui-même. Ce biais se manifeste typiquement dans les premières interactions commerciales, quand on ne veut pas "démarrer la relation sur un conflit." Le problème, c'est qu'éviter le petit conflit du premier jour crée le grand conflit des semaines suivantes.

Ce que j'ai voulu éviter : une conversation légèrement inconfortable sur les photos. Ce que j'ai obtenu : six semaines de visites sans offre, un mandat non renouvelé, un vendeur qui est parti avec une autre agence et a vendu 4,5% moins cher, cinq mois plus tard. Le confort de départ a produit exactement l'inverse du résultat pour tout le monde.

Le résultat

Le mandat n'a pas été renouvelé. Monsieur D. est parti avec une autre agence. Celle-ci a refait les photos avec un photographe professionnel et ajouté une visite virtuelle à l'annonce. L'appartement a été vendu cinq mois plus tard à 171 000 €, soit 4,5% en dessous du prix initial auquel j'aurais pu le vendre si les photos avaient été faites correctement dès le début.

Cinq mois perdus. Une commission perdue. Un vendeur qui a obtenu moins que ce qu'il aurait pu. Tout cela pour avoir évité une conversation de cinq minutes sur la qualité des photos.

Ce que j'ai changé depuis

Depuis ce cas, je ne mets plus en vente un bien avec des photos de smartphone, quelles qu'en soient la qualité apparente ou la volonté du vendeur. Je le dis dès la prise de mandat, avant même d'aborder le prix :

"Les photos professionnelles font partie du service. Elles protègent votre bien contre la déception en visite. Un acheteur déçu à l'arrivée ne fera jamais d'offre, même si votre appartement lui convient parfaitement. Je ne peux pas me permettre de vous envoyer des acheteurs mal préparés."

Si le vendeur refuse malgré cette explication, je refuse le mandat. Non pas par rigidité, mais parce que cette situation signale quelque chose de plus profond : un vendeur qui n'accepte pas les conseils sur la présentation du bien n'en acceptera pas davantage sur le prix ou la stratégie de commercialisation. Le problème des photos est souvent le premier symptôme d'un mandat qui va mal se passer de toute façon.

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Questions fréquentes sur les photos immobilières

Pourquoi les photos professionnelles sont-elles importantes pour une mise en vente ?

Parce qu'elles définissent les attentes des acheteurs avant la visite. Des photos trop flatteuses créent une déception à l'arrivée, ce qui bloque la décision d'achat. Des photos honnêtes, bien réalisées, attirent des acheteurs déjà convaincus par ce qu'ils voient.

Que faire quand un vendeur insiste pour utiliser ses propres photos ?

Expliquer l'enjeu en une phrase : "des photos qui surévaluent la luminosité ou la surface créent de la déception en visite. La déception bloque l'offre." Si le vendeur refuse malgré tout, c'est un signal sur sa disposition à suivre les conseils tout au long du mandat.

Peut-on estimer l'impact des photos sur le délai de vente ?

Une annonce avec des photos professionnelles génère en moyenne 60% de plus de demandes de visites. Mais plus important : le taux de conversion visite-offre est significativement plus élevé quand les attentes créées par les photos correspondent au bien réel. La quantité de visites n'est pas l'indicateur. Le taux de transformation l'est.

PUBLIÉ PAR

Nordine Mouaouia

Conseiller en immobilier · 25 ans de terrain · 1 250 ventes documentées · Lauréat 2023 du Trophée Prestige Transaction. Diplômé du Cabinet du Pr Romain Bouvet en Peak End Selling (sciences comportementales appliquées à la décision). Fondateur du laboratoire Système1-Immo Lab™ et du CRM Système1-Immo.

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